Présentation

Le nom d’Agay provient du grec « Agathon », qui veut dire bon, favorable, et il a sans doute été donné par les premiers navigateurs grecs de la colonie phocéenne de Massalia qui ont trouvé dans cette rade naturelle le meilleur mouillage de la côte entre Toulon et Villefranche – un abri sur une aiguade facile et un lieu d’échanges avec les populations ligures autochtones. Les témoignages préhistoriques de la vie de ces premiers habitants sont nombreux à Agay et aux alentours : menhirs de la Pierre Levée et de Vaissière, station néolithique du Gratadis, divers « oppidum » et grottes habitées de l’Estérel.

Si on n’a aucune trace d’une éventuelle colonisation grecque, les Romains ont fondé à l’embouchure de la rivière d’Agay un établissement portuaire auquel ils ont donné le nom de « Portus Agathonis », relié à la voie Aurélienne qui traversait l’Estérel, par un embranchement qui suivait l’actuel tracé de la route de Valescure et le long duquel ont été trouvés les vestiges d’un petit temple (fanum), des tombes, une borne militaire. .

Certains auteurs ont voulu voir, sans preuves certaines, dans le site d’Agay, l’ancien comptoir grec d’Athénopolis, et Aegytna, la capitale des Oxybiens, deux cités florissantes aujourd’hui disparues. .

Agay est cité sous la forme de « Portus Agathonis » dans l’itinéraire d’Antonin, guide maritime du premier siècle de notre ère, puis au haut Moyen Age sous le vocable d’ »Agaton » ou d’ « Agathionis », dans les divers récits de St Porcaire, St Hermentaire, ou dans le poème du troubadour provençal Béranger Féraud, la « Vie de St Honorat » : ce dernier fondateur de l’abbaye de Lérins au Ve siècle, débarque d’abord à Agay, avant de s’établir pendant quelques années dans une grotte, appelée la Sainte Baume de l’Estérel, dans le massif du Cap Roux, où une procession monte chaque année le premier dimanche de mai pour en perpétuer le souvenir. .

Agay fut compris dans la donation que Guillaume le libérateur, comte de Provence, fit à Riculphe, évêque de Fréjus, à la fin du Xe siècle, après l’expulsion des Sarrazins, puis fit retour au domaine comtal. .

En 1235, Raymond Béranger IV échangea le fief d’Agay avec l’évêque de Fréjus, et lui donna la faculté d’y établir un village et un château. Ils ne furent probablement jamais bâtis car, tout au long du Moyen Age, Agay dont le nom est Agazes, Agasi, Aguaze, Agan – reste un lieu inhabité à cause des attaques des Sarrazins et des pirates. Le nom moderne d’Agay apparaît seulement au XVIe siècle, quand sont construites les tours du Dramont et de la Baumette. Richelieu décida de procéder à une fortification plus systématique des côtes provençales et nomme gouverneur d’Agay en 1635, Jena Vincent de Roux qui jette les bases d’un château et d’un fort en étoile, sur une pointe au milieu de la rade. .

En 1636, l’évêque de Fréjus lui inféode la seigneurie d’Agay ; il y crée un domaine agricole et une première chapelle dédiée à Ste Agathe (aujourd’hui Ste Guitte). La ferme du château est dotée d’un cabaret où s’approvisionnent les équipages des galères du Roi ou des tartanes du cabotage côtier entre Gênes et Marseille qui viennent s’abriter sous les canons du fort et relâcher en payant un droit : les seigneurs d’Agay, gouverneurs héréditaires du fort et des tours, y possèdent les droits de port et d’ancrage dans toute la rade et le privilège de la pêche aux anchois depuis St Tropez jusqu’à l’embouchure du Var. .

Au XVIIIe siècle, le château est transformé en résidence plus civile, de nouvelles fermes sont construites (la Bastide 1750), ou aménagées (les Ferrières, le Grenouillet) ; le domaine du Castellas est créé. .

A la Révolution le château est pillé, la garnison du fort supprimée, les canons saisis, les deux tours de l’enceinte sont abattues et le terroir est rattaché à la commune de St-Raphaël. .

Au XIXe siècle, un poste de douane est installé, le phare de la Baumette est construit à l’emplacement de l’ancienne tour ; mais c’est l’arrivée du chemin de fer en 1860 qui fit naître le village actuel : une école et une chapelle sont créées en 1877, les carrières de porphyre du Dramont sont mises en exploitation, d’élégantes villas et hôtels se bâtissent sur la côte , bientôt desservie par la route de la Corniche d’Or (1903), et au quartier d’Anthéor où résident le peintre Valtat, le compositeur Vincent d’Indy, les écrivains Guy de Maupassant, Jean Aicard, l’auteur dramatique Maurice Donnay….

Avant la Seconde Guerre Mondiale, Gaston le Provost de Launay, président du conseil municipal de Paris, réside au Castellas, Maurice Bunau Varilla, propriétaire du « Matin », créateur du Synthol y possède une somptueuse villa, port privé et yacht, Albert Cohen qui descend à l’hôtel des Roches Rouges fait s’y dérouler une partie de « Belle du Seigneur » et Antoine de Saint Exupéry séjourne souvent chez sa sœur au château d’Agay, où il se marie en 1932. .

Le conflit apporte bien des vicissitudes à Agay : les bombardements alliés du viaduc d’Anthéor détruisent une grande partie des habitations et la chapelle provoquant de nombreuses victimes, le château est rasé par l’armée allemande d’occupation en mai 1944. .

Depuis la fin de la guerre, le monde agricole, forestier et maritime traditionnel est en régression au profit du développement balnéaire de la Côte d’Azur qui a transformé le petit village en une baie touristique, cadre d’un nouvel essor. .

Frédéric d’Agay.